jeudi 29 août 2013

Mes appels au secours

Je ne trouvais pas normal mon état. Je mettais d'abord ça sur le compte de la fatigue, des hormones en baisse total (car oui Mesdames et messieurs, ces beaux hormones qui font de nous des femmes rondes et rayonnantes s'envolent dès que bébé est dehors, à vous de le gérer).

Or ce n'était pas ça. C'était loin d'être ça. Je n'arrivais pas à comprendre pourquoi j'angoissais à l'idée de savoir que l'Homme allait partir travailler le matin donc me laisser seule avec le bébé. Je n'arrivais pas à comprendre, que moi qui est l'habitude de tout gérer angoissait que ma fille allait se réveiller, donc pleurer, donc avoir un besoin que je ne vais pas savoir à assouvir.

1 jour, 2 jours, 3 jours...Mon état ne s'améliorait pas, ce n'est donc pas un baby blues. Malgré qu'au retour de ma mère, elle soit venue dormir à la maison pour nous donner un petit coup de main plusieurs fois, n'ait rien arranger.

Dès que je me retrouver seule avec elle, c'était incontrôlable, je pleurai car je me sentais inutile et que je voulais SURTOUT PAS  m'occuper d'elle en vérité.
Dans ma tête tout était noir, je pensais que je lui faisais du mal, je me voyais la faire tomber, la balancer par la fenêtre, lui cogner la tête contre le mur.

Mon dieu, quand j'y repense ce sont les pires moments de ma vie.

Je n'arrivais plus à rien faire, que ça soit dans la maison ou sur moi même, c'était juste une catastrophe. Je mangeais à peine, je m'occuper d'elle mécaniquement sans rien ressentir autre chose que de la peur et de l'angoisse.

J'en parle autour de moi, ils me disent que c'est normal et que ça va passer.

COMMENT CE BEBE TANT DESIRE PEUT IL ME FAIRE AUTANT DE MAL???


J10
Un jour, j'appelle la gentille et adorable puéricultrice qui m'avait appelé à la sortie de la maternité en me disant que si besoin, il y a une PMI dans mon quartier et à l'époque quand j'allais encore bien, fièrement et bêtement, je lui dis "non c'est bon c'est très gentil mais nous avons notre pédiatre" et elle me dit de ne pas hésiter si besoin, elle a insisté plusieurs fois.

Ce jour, où c'est moi qui l'appelle, je ne comprend pas, je fonds en larme en lui disant que je ne me sens pas bien et que je voudrai parler à quelqu'un mais que j'avais tellement honte que je ne voulais pas en parler à ma famille. Elle m'a dit de venir la voir avec Charlie dans l'après midi.

Ce jour là, j'ai osé prendre la voiture, attacher ma poupette et à aller la voir.
En arrivant dans son bureau, j'ai même pas commencé à parler que mes larmes ont coulé toutes seules. Je ne comprenais pas ma fragilité. Elle met ça sur le compte du fait que ma mère ne soit pas là mais toujours en voyage et que je sois très fatiguée.
Elle me dit de repasser la voir dès que je veux et de la tenir au courant de la suite.

J13

Ma mère est de retour, je la kidnappe carrément et lui dit de venir dormir à la maison car j'ai besoin d'elle comme jamais. Je pleure une fois de plus, dans les bras de mon père. Je leur dis que je suis trop fatiguée. Pourtant ma fille est adorable, à cette époque, elle dormait beaucoup et ne se réveillait qu'une seule fois dans la nuit.

J19
Un matin en prenant le petit déjeuner avec l'Homme, je fonds en larme une fois de plus et lui dit que je n'y arrive pas, je ne comprends pas, il y a quelque chose de pas normal. Je ne me nourris presque plus, j'ai perdu tout mon poids de grossesse et je suis MALHEUREUSE. Le mot est tombé. Je décide à l'heure même d'aller voir la puer à la PMI et cette fois-ci sans Charlie.
Je lui explique mon état qui empire de jour en jour et surtout ce sentiment de profonde culpabilité qui me tue à petit feu. Je lâche cette phrase horrible "peut-être est-ce qu'il faut m'interner car je suis entrain de devenir folle", j'ai envie de mourir et pourtant je viens d'avoir le plus magnifique des bébés.
Elle me dit "vous n'êtes pas folle mais effectivement, il faut peut être qu'on vous hospitalise, le mot interner est un peu fort". Elle me dit d'aller voir mon médecin traitant  pour lui expliquer mon cas et elle de son côté elle va faire bouger les choses au service périnatalité du CHU.
Je file chez le médecin, ne pense plus à Charlie, je me dis qu'elle est avec son père.
Il est presque midi, mon médecin a fermé son cabinet, je suis en totale panique, encore une chose qui me semble contre moi. J'appelle au secours la puer et elle me dit qu'elle me tient au courant sur la suite des choses.

Ça m'a semblé interminable.

J20
Pas de nouvelle de la puer, j'appelle ma soeur en pleurs dès que l'homme part au travail. Je lui dis que je ne comprends pas ce qui m'arrive, c'est horrible.
Ce jour là, j'avais le téléphone dans une main et Charlie endormie dans l'autre.
Elle arrive et me dit d'aller prendre une douche froide, elle m'emmène chez nos parents.
Quel amour ma soeur! Elle a été et est toujours l'un des piliers de ma guérison.
Dans l'après midi, je sens que l'angoisse est trop forte, je n'arrive toujours pas à m'occuper de Charlie, je trouve même ça normal que ça soit ma soeur ou d'autres personnes qui le fassent et pas moi. Surtout pas moi.
J'appelle l'Homme, je lui dis tout en pleurant bien sûr, de m'emmener d'urgence à l'hôpital car mon état est grave.
Il arrive au bout de 30 à 40 mn interminables.

Dans le bureau d'un médecin qu'on connaît bien, le verdict tombe: tu souffres d'une dépression du post partum.

QUOI?COMMENT?MAIS POURQUOI?

Elle nous dit: "ce n'est ni la faute de ton homme, ni de la tienne. Il faut qu'on te mette à l'abri du bébé, faut que tu te refasses sinon ça peut s'aggraver"...Et oui, je lui ai expliquer mes envies de suicide....

Le jour même, j'ai vu le psychiatre des urgences et je suis restée à l'hôpital, comme ça, sans affaire de rechange, sans rien.

Ils me donnent un neuroleptique: Tertian et je m'endors pour la première fois depuis 3 semaines (en ne comptant pas les nuits blanches que j'ai passé depuis la disparition de mon beau frère, en tout ça faisait donc presque 2 mois sans vrai sommeil)

Je m'endors avec une boule au coeur: je ne verrai pas ma fille s'endormir ce soir.

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